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Article paru dans le bulletin ASPN n°51, 2016,

 

La nature a-t-elle besoin d'artifices ?

Flash, contrôleur de flash, filtres colorés, vaporisateur, papier d'alu, brindilles, mon sac photo est souvent rempli de gadgets en tous genres. Ceux-ci m’aident, après de longs essais, à créer une image originale, et à sortir parfois une composition inédite. Si je vous propose cet article, c'est parce qu'un membre de l'ASPN - très attaché au côté "naturaliste" de l'association ainsi qu'à l'éthique dans la photographie de nature - m'a suggéré de traiter ici le sujet : les artifices en tous genres dans la photographie naturaliste. Pourquoi faudrait-il nécessairement modifier la perception que nous avons de la nature ? La photo de nature a-t-elle besoin de ces artifices pour attirer l'attention du public, pour la rendre intéressante ? Est-ce fausser l'idée que le public pourrait avoir de la nature ? Et, enfin, puisque c'est de la photo nature, ne faudrait-il pas la laisser "nature" justement ?

 

Je vais aborder ces questions au cours de cet article et tenter de vous donner une réponse personnelle sur ce que je pense des artifices en photo naturaliste.

 

 

 

 

Faisons tout d'abord la distinction entre deux types de photographe naturaliste : d'une part, il y a ceux qui vont mettre l'accent sur le sujet, tout en essayant de l'immortaliser d'une manière plus ou moins esthétique, où ils font très nettement preuve d'adaptation aux conditions que la nature leur offre (lumière, décor, proximité, conditions météo, etc...). Et, d'autre part, il y a ceux qui vont privilégier la composition et le rendu au final, plutôt que le sujet. Une photo d’un papillon commun les satisfera, pourvu que celui-ci se trouve dans un joli décor. Pour ce faire, il faut maîtriser de nombreux paramètres, typiquement la lumière. Je fais plutôt partie de cette deuxième catégorie, mais je ne m'interdis pas non plus d'entrer aussi dans la première, bien sûr ! Ce qui me plaît dans la photographie "macro", c’est que l’on est libre de penser l’image comme on le souhaite. On est libre de presque chaque paramètre de l’image : on peut tourner autour du sujet, prendre le temps de se placer, de placer sa lumière, de réfléchir, d’inventer. J’aime quand cela s’approche de la démarche d’un peintre qui choisirait les couleurs pour sa toile, en y appliquant son style dans la tenue du pinceau. La photo macro, c’est donc un excellent domaine où l’on peut exprimer toute sa créativité, sans forcément représenter l’exacte vérité, mais en y mettant une touche personnelle. Si l'on ne prétend pas faire une représentation objective de la nature, mais si l'on cherche dans la nature la "matière" pour former ses images, cela tient la route. On est bien sûr très loin de la démarche du photographe qui fait des heures d'affût pour observer le comportement naturel d'une espèce bien précise.

 

 

 

 

Ce qui me pousse à aller dans une démarche plus créative, c'est sans doute la volonté de me démarquer. Aujourd'hui, 800 milliards d'images sont prises dans le monde en 1 an. L'accès à la photo est aujourd'hui très facile, et n'importe qui aujourd'hui peut prendre une bonne photo. Parmi ce monde de fou, je trouve alors intéressant d'avoir sans arrêt un regard neuf sur la situation, qui permet d’explorer encore plus loin les possibilités. S’interroger sur la lumière, sur le cadrage, sur l’angle de prise de vue, et essayer de tirer parti au mieux de la situation.

 

Le monde des plantes et des insectes offre une incroyable palette de couleurs. J’essaie toujours de mettre en valeur cette palette en cherchant des fleurs, un fond ou un insecte qui présente des teintes particulières. Je n’hésite pas non plus pour trouver des idées provenant des images que je vois dans mon quotidien...

 

C’est aussi avoir un regard différent : ne pas regarder une fleur comme une fleur, mais ressentir attentivement ses formes, ses courbures, ce qu’elle dégage de particulier... pour composer ensuite sa photo avec ce qui nous a le plus ému.

 

Mettre des artifices dans ses photos est donc pour moi quelque chose de très personnel. Le public peut trouver cela étonnant et il est également contraint à redécouvrir quelque chose qu'il pensait connaître à travers le regard d'un photographe. Ce genre de démarche me semble avoir donc toute sa place dans la photographie naturaliste, bien qu'elle soit plus éloignée du réel.

 

 

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